Source : Romain Gary (1960) La Promesse de l'aube , éd. Gallimard, coll. Folio, 1973. Ma mère faisait alors des chapeaux à façon pour une clientèle qu'elle recrutait, au début, par correspondance. Chaque prospectus était écrit à la main et annonçait que, « pour distraire ses loisirs, l'ancienne directrice d'une grande maison de couture parisienne acceptait de modeler des chapeaux à domicile, pour une clientèle restreinte et choisie ». Elle tenta de reprendre la même occupation quelques années plus tard, peu après notre arrivée à Nice, en 1928, dans le deux-pièces de l'avenue Shakespeare, et comme l'affaire mettait du temps à démarrer — elle ne démarra jamais, en fait — ma mère prodiguait des soins de beauté dans l'arrière-boutique d'un coiffeur pour dames. L'après-midi, elle donnait les mêmes soins aux chiens de luxe dans un chenil de l'avenue de la Victoire. Plus tard vint le tour des vitrines dans les hôtels, des bijoux offerts de porte e...
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